Ca y est, on a posé nos sacs, commencé à ranger nos affaires dans les armoires et épuisé la pile de courrier qui nous attendait.
Par contre, on ne se résout pas à mettre nos montres à l'heure d'ici. Nos têtes ne sont pas encore arrivées, tout comme un colis que nous avions envoyé de Chiang Maï il y a un mois et demi. Ce colis contient des souvenirs, des odeurs, des senteurs, des couleurs, des épices, des émotions et des objets. Quand nous le recevrons, si un jour il arrive, quand nous l'ouvrirons, on se replongera dans ce que nous avons vécu durant ces 3 mois. On l'a envoyé par bateau, il mettra plusieurs mois avant d'arriver. Alors, parfois, on pense à lui. On se demande où il est. Est-il encore entreposé dans un obscure entrepôt à Bangkok ou ballote-t-il on ne sait où sur les mers dans le fond d'une cale de bateau? On le voit tanguer dans sa soute, passer entre les caisses de cotonnades ou de soiries indiennes ou thaïes, on le voit sauter entre les mains de manutentionnaires, se caler entre une palette de meubles, virevoltant au bout d'un crochet pour finir au-dessus d'une montagne de colis semblables. Il voyage encore. Tout comme nous.
On a l'impression que dans ce voyage il y a trois voyages. Il y a d'abord eu celui que nous avons fait avant de partir: celui que nous avons imaginé, préparé, emballé. Celui-là nous a fait rêver durant plus d'un an.
Ensuite, il y a celui que nous avons vécu depuis notre départ de Bruxelles le 17 janvier jusqu'à notre retour. C'est peut-être le plus court des trois car il n'aura duré que trois mois. Mais ces trois mois alimenteront notre troisième voyage.
Nous ne tirons pas encore de conclusions car le troisième voyage reste à faire. Ce voyage est celui que nous ferons a l'évocation et au souvenir du deuxième voyage. Le troisième sera certainement le plus long. Il contribuera a notre légende familiale et souvent nous évoquerons ce voyage de trois mois en Thaïlande.
Pas de conclusions, non, car il est trop tôt. Nous avons relu nos objectifs, ceux notés ici dans ce blog à la page 58 : « Nous partons trois mois, le temps de déconnecter complètement de notre quotidien, le temps de bourlinguer en Asie, de remplir les yeux de nos enfants de souvenirs, de rencontres, de lieux, d'animaux. Le temps de leur apprendre à se nourrir différemment, d'aller à l'école d'une autre manière, de ne plus se gaver de ce dont ils ont l'habitude, ici, à Bruxelles. » On disait aussi : "Il faut qu'on s'arrête, on mène une vie de tarés!". On pourrait dire que nous avons atteint nos objectifs mais ça ne s'arrêtera pas là !
Bien que nous ayons pas mal voyagé à travers le monde, Isabelle et moi, sans pour autant être de "grands voyageurs", ce voyage-ci a été réellement différent des autres. Non par la distance, la longueur ou même l'itinérance, mais parce que nous étions en famille, parce que nous avons rompu avec nos habitudes durant un long laps de temps, parce qu'on a tout suspendu. Quand on est célibataire, ou même en couple, il est plus facile de tout plaquer pour partir. En famille c'est beaucoup plus compliqué et nous pouvons en attester. Tout est plus cher, plus long et puis surtout, il faut gérer d'autres personnes que soi-même. Là où on aurait pu contempler un paysage, lire un livre ou lier une conversation avec un thaï, on s'occupe du dessin, de la petite dispute, de l'école, de la gaffe ou encore de prendre un des enfants dans nos bras pour le consoler d'une petite peine. On a dû penser aux enfants avant de penser à nous, c'est vraiment la grande différence. Cela ne nous a pas empêché d'en profiter, bien au contraire, mais ça nous a permis d'en profiter différemment que si nous avions été seuls ou en couple comme nous l'avions fait précédemment en Asie ou ailleurs. En Thaïlande, nous avons croisé beaucoup de familles "voyageuses", parfois d'ailleurs pour de longs laps de temps. Tantôt avec des enfants plus grands, plus rarement des adolescents, tantôt avec des enfants en très bas âge. Ce qui prouve que notre « expérience » de voyage en famille n'est vraiment pas unique. Le tout est d'oser rompre et passer outre nos a priori sur tout ce qui peut menacer nos enfants. Toutes les familles que nous avons croisées étaient ravies, aucune n'avait l'air de regretter leur choix. C'est encourageant.
Aujourd'hui nous nous posons d'autres questions qui étaient alors simplement en gestation et qui prennent à présent une dimension nouvelle dans nos réflexions. Ce voyage n'aura-t-il été qu'une parenthèse dans notre vie ? On reprend notre vie d'avant et rien de plus ? On va bosser sous la pluie tous les matins comme si de rien n'était ? Que nous a apporté d'autre ce voyage? Etait-ce un simple dépaysement ou le premier pas d'une remise en question de notre mode de vie ? On tente de répondre à ces questions, nous avons des embryons de réponses mais encore aucune certitude. Ce qui est certain, c'est que quelque chose a changé. Quoi ? L'avenir nous le dira.
Alors l'avenir de ce blog : on va commencer par corriger toutes les coquilles, les fautes d'orthographe, de syntaxe et de grammaire. Il faut dire, à notre décharge, que, outre l'absence d'accents et la disposition différente des lettres sur les claviers, les textes de ce blog ont été souvent écrits à la va-vite (coût oblige), parfois sous le coup de la fatigue et tard dans la nuit, après une journée bien remplie.
Ensuite, il y a encore des photos qui restent à développer en noir et blanc et couleur. On en postera quelques unes. Ce blog restera ouvert afin que ceux qui le désirent puissent profiter de notre expérience de voyage en famille. Et puis aussi et bien égoïstement, quand on aura un coup de blues au boulot, un clic et hop, on replonge dans notre voyage. On l'alimentera aussi de réflexions qui seront le résultat de nos interrogations actuelles et pourquoi pas, vous faire partager ce qui en découlera...
« S'il y a une chose que nous avons découverte lors de ce voyage, c'est bien l'existence de la clef des champs. Nous l'avons saisie, nous ne la lâcherons plus. »
e-mail de Santos a Isabelle...
Pour le moment nous sommes comme ce colis parti de Chiang Maï il y a plus d'un mois : en ballottage entre ici et ailleurs.